Le problème de la recherche en France : les perspectives de carrière

Posté le 31 octobre 2011 @ 14:39 par Manfred

On peut débattre longtemps des montants alloués à la recherche industrielle, mais il y a une réalité que les économistes oublient souvent : dans l’Hexagone, les métiers de la recherche attirent de moins en moins de candidats, et pas nécessairement les meilleurs éléments.

La cause en est simple : l’absence de bonnes perspectives de carrière ou de retour sur investissement.

Dans le secteur privé, le point de vue des “ressources humaines” est que la recherche est en effet considéré comme une activité de débutants, pour jeunes diplômés sans expérience. Les salaires des ingénieurs y sont souvent inférieurs à la moyenne. Dans la quasi-totalité des cas, il est attendu des ingénieurs de recherche qu’ils passent après quelques années à des postes avec “plus de responsabilités” (production, gestion de projets, gestion d’affaires).
Alors, du point de vue du jeune diplômé, pourquoi perdre des années dans la R&D s’il peut accéder de suite à des postes mieux valorisés ?

Quand à la recherche publique, le tableau n’est pas beaucoup plus attractif: obtenir un poste d’enseignant-chercheur est difficile et nécessite de passer des années dans des postes précaires et mal payés (doctorat, post-doc, …). Pour le candidat qui devrait finalement chercher un poste dans un autre secteur secteur, ces années ne sont souvent pas considérées par les recruteurs comme une véritable expérience professionnelle mais comme des cycles d’études, rarement valorisés dans les fonctions et la rémunération attribuées au docteur comparé à s’il avait été simple ingénieur.

Ajoutez à cela qu’un doctorat est le plus souvent moins bien rémunéré qu’un poste d’ingénieur, on arrive à la conclusion suivante : pour un ingénieur qui serait intéressé par faire un doctorat par goût pour la recherche, le doctorat risque souvent d’être un CDD de 3 ans sous-payé qui ne lui apportera aucun avantage par la suite pour chercher un autre poste.
Évidemment, dans ces conditions, c’est peu attractif.

Par ailleurs, le recrutement des enseignants-chercheurs exclue toute personne ayant de l’expérience pratique (issue d’autres fonctions d’ingénierie : bureau d’études, production, maintenance, projet, etc ..). En effet, même si ce n’est plus exigé dans les textes, les habitudes quand aux critères de sélection des candidats incluent toujours qu’ils aient obtenu leurs diplômes aussi jeunes que possibles. Ajoutez à cela que l’avancement se fait essentiellement sur la production d’articles scientifiques, et privilégie donc franchement la recherche théorique à la recherche appliquée ou expérimentale (pour laquelle il faut plus de moyens et souvent des partenaires industriels qui ne souhaiteront pas forcément voir les résultats des études publiés).

Conséquence : quasiment aucun des enseignants-chercheurs en France ne sait comment se passent les choses “sur le terrain” puisqu’ils n’y ont jamais travaillé.
.. Ce sont pourtant eux qui sont chargés de former les futurs ingénieurs ! Ne semble t’il pas paradoxal d’enseigner un métier à quelqu’un sans connaître les contraintes qui s’appliquent à celui-ci (réglementaires, normatives, économiques, entre autres) ?

Dans ces conditions, il n’y a pas lieu à s’étonner que peu des meilleurs éléments parmi les étudiants choisissent cette voie. Faire de la recherche tient de nos jours de la vocation, voire du sacerdoce. Les gens réellement intelligents savent appliquer leur intelligence à plusieurs domaines et ont le choix entre plusieurs carrières. Dans ces conditions, pourquoi s’étonner qu’ils en choisissent d’autres que la recherche ?

Voir aussi (en anglais) : How Academia Resembles a Drug Gang

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